Micro-fiction à partir d’une phrase de Ernest Hemingway : « Chaussures de bébé, jamais utilisé, en vente »

Photo de Raoulette
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ECHO78

« Chaussures de bébé, jamais utilisé, en vente ».

Ca y’est l’annonce était posée. Ca y’est les mots étaient lancés. Sur un site de vente en ligne réputé. Elle avait lancés ces mots comme une bouteille à la mer. Celui qui y répondrait serait le père de ses enfants…

Elle avait sa technique bien à elle, pour choisir l’élu de son coeur. La passion naîtrait à la première réponse de cette annonce. Le premier acheteur, achèterait les chaussons et il obtiendrait son coeur en cadeau. Bien sûr, elle n’avait pas rajouté de petite astérisque à cette annonce : son coeur, l’acheteur le découvrirait en ouvrant le colis renfermant ces chaussures. Pour être bien sur d’envoyer son coeur à la bonne personne, elle enverrait ce paquet en Colissimo suivi, avec accusé de réception. Car son coeur, source de vie chez elle et chez n’importe quel être humain, elle ne l’abandonnait pas comme ça à n’importe qui, il fallait qu’elle s’assure de sa pérennité. Et la pérennité de son coeur battant dépendait entièrement de sa bonne réception.

Depuis l’enfance elle avait toujours fonctionné comme ça, certains l’avaient dit folle mais elle avait toujours réussi à faire passer sa folie pour de la passion. Une passion cela transporte mais surtout cela s’éveille. Alors plutôt que d’attendre car elle n’aimait absolument pas attendre, elle mettait sa passion en envoi express. Cette idée lui était venue lorsqu’elle avait envoyé à son premier amoureux, à l’école primaire, un papier demandant à l’élu de son coeur si il voulait sortir avec elle. Sur le papier elle avait seulement dessiné deux carrés mal fermés et à chaque carré elle avait accolé un « oui » et un « non ». Pour son plus grand bonheur, ce premier amoureux avait renvoyé son billet, avec une croix attestant sa bonne réception sur le carré représentant le « oui ». Leur idylle d’enfance avait duré trois jours, c’était peu, mais cela avait suffit pour lui avait confirmé que sa technique marchait. Elle avait donc réussi à donner son cœur sur un bout de papier.

À l’adolescence, elle avait utilisé les réseaux sociaux, son second amour avait d’abord accepté sa demande d’ami, puis ils avaient conversé quelques temps par messages interposés. Chacun de ses envois étaient teintés par l’espoir d’une réponse. Ses pressions sur la touche « Entrée » pour l’envoi du message étaient chaque fois différentes, l’espoir de la réponse y régnait en maître mais il y était mêlé de tant d’autres sentiments : l’amitié puis l’amour et enfin le désir. C’est au désir que s’était arrêtée cette correspondance, car cet afflux de sentiments avait été à l’image du médium qu’elle employait : fugace.

Sa plus belle histoire d’amour avait eu lieu alors qu’elle avait vingt ans. Celle-ci avait été engendrée par une correspondance épistolaire. Chaque jour elle guettait la boîte aux lettres de sa résidence. Durant maintes années, six au total, années durant lesquelles elle avait comptabilisé 3 déménagements, la petite clé dans la serrure de la boîte aux lettres avait engendré chez elle des sentiments confus mais extrêmement forts. Quand enfin ouvrir la boîte aux lettres n’était plus chez elle source de joie, elle demanda au destinataire de ses billets si ils pouvaient se voir. Cet interlocuteur était son dernier compagnon. Il l’avait quitté la veille, leur idylle avait duré 6 ans sur le papier et 2 mois dans la réalité.

Une passion cela ne se quitte pas, on ne se sépare pas d’une passion. On vit avec, ou l’on vit pas du tout. Et sa passion à elle était la correspondance. Car toute correspondance quelle qu’elle soit présuppose une réponse. Et c’était ce qui la transportait.

La première réponse de l’annonce, ne tarda pas à arriver, les jeux étaient fait :

« Quelle pointure ? » avait transmis echo78.

La Rousse

 

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