Le festival de Santarcangelo

I PROPOSE THAT WE WILL WORK UNDER THE COVER OF DARKNESS.
Peter Liversidge

Du 8 au 17 juillet à Santarcangelo a eu lieu le festival de Santarcangelo.

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Silvia Bottiroli, la directrice du festival de Santarcangelo.

Cette petite ville proche de Rimini est engloutie pendant dix jours par le théâtre.
Cette édition, dédiée à la nuit, était la dernière dirigée par Silvia Bottiroli.

Pendant dix jours, les explorations tournaient autour de la nuit, du sommeil et des rêves. Le sommeil est ici conçu comme temps hors production pour le monde capitaliste mais aussi comme temps créateur pour l’imaginaire et pour notre monde intérieur…Dans le sommeil, réalité et fiction se mélangent.

A Santarcangelo il n’y a presque pas de théâtre et le festival, désormais à sa 46ème édition, est « contraint » à envahir la ville entière et sa banlieue, les centres commerciaux, les caves abandonnés…

Le théâtre sort de ses murs figés pour prendre l’aspect d’une collectivité entière avec toutes ses beautés et ses verrues.

Le sommeil et le rêve prennent ici un espace collectif. Le théâtre permet des visions partagés dans les abimes d’un monde souterraine de l’art. Cette hymne à la nuit est aussi un espace de liberté donné au théâtre contemporain, le plus audacieux qui soit, capable de défier les limites de la représentation pour s’ancrer dans le présent.

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La nuit des taupes

Je ne connais pas assez le théâtre d’Antonin Artaud mais je me dis que ça doit être sûrement en accord avec pas mal des ses idées. Dans le Théâtre de la Cruauté, il poursuit sa quête d’un théâtre du rêve et du grotesque et affirme : « Sans un élément de cruauté à la base de tout spectacle, le théâtre n’est pas possible. Dans l’état de dégénérescence où nous sommes c’est par la peau qu’on fera rentrer la métaphysique dans les esprits. »
Alberto Savinio me semble aussi côtoyer cette univers nocturne et cet amour pour les ténèbres. Dans la Nuova
Enciclopedia, il écrit « La nuit est plus humaine que le jour. Le degré d’humanité d’un élément, ou d’un fait…se mesure grâce à la quantité de liberté  qu’il nous laisse pour disposer de nous-même. Cette liberté, l’aube nous l’enlève mais le coucher du soleil nous la redonne… »

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La nuit des taupes

 

La programmation fait suite à cette hymne à la nuit : La nuit des taupes de Philippe Quesne, pour ouvrir le festival, mais surtout Natten de Marten Spangberg, pour le conclure.

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Djset featuring La Taupe en piazza Ganganelli le 10 juillet

LUMEN / Luigi De Angelis et Emanuele Wiltsch Barberio

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Des feux dans une cave abandonnée, un rituel qui part d’un cœur qui bat
trop fort…les spectateurs sont réunis dans une cérémonie austère et pleine
de fumée. Un homme se lève du public pour danser plus près du feu (le feu
attire les hommes comme des phalènes). Les pompiers guettent le feu prêts à
intervenir en cas de débordement. A côté du feu, la paille et les herbes
sèches. Nous sommes désormais des hommes des temps anciens : une communauté réunie autour du feu. La raison abdique face aux visions. La musique les accompagne et elle rentre dans notre peau comme la chaleur.

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Lumen

THIRST / Voldermars Johansons

Ailleurs, pas loin de la via Emilia, dans une ancien usine, une mer houleuse est projetée sur grand écran. Nous pouvons écouter sa voix, frémir à cause du vent et des petites gouttes d’eau. Nous avons l’impression de pouvoir entrer dans un tableau de Caspar David Friedrich : le sublime est ici et nous en faisons presque partie. Je m’endors bienheureuse face à ce monstre enragé.

L’UOMO CHE CAMMINA / DOM

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L’uomo che cammina

Le rdv est à la gare à 17h30. Nous sommes une vingtaine. Nous avons un
train à prendre dans 10 minutes pour aller à Rimini. Sur le train, une jeune
femme, au cheveux roux et bouclés, l’air amoureuse, lit Rimini, un livre de
Tondelli. Elle reçoit un appel. La sonnerie me rappelle un film de Fellini.
Le spectacle est déjà commencé mais je ne m’en doute presque pas. Arrivés à
Rimini nous descendons du train et des chaises nous attendent face à un
hlm. A l’intérieur, nous y voyons un homme, avec un queue de cheveux blancs, de dos, regarder la télévision.  Une main lui donne une chemise repassée. Il sort. Nous ne le savons pas encore mais nous allons le suivre pendant quatre heures. Notre groupe d’inconnus devient petit à petit une communauté. On se retrouve tous dans la même aventure. Une musique revient souvent et vite nous comprenons comment la fiction se mélangent subtilement à la réalité : nous nous promenons dans un univers préparé délicatement, comme une table dressée pour un bon repas : nous avons finalement le temps de le contempler. Les textes de Cortazar, son attention pour le quotidien, son voyage d’un mois pour explorer le monde merveilleux de l’autoroute me semblent ciseler la démarche de cette compagnie.

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Leonardo Delogu, DOM

Nous sommes obligés de l’observer. Il n’y a rien d’autre à faire pendant quatre heures. Chacun en son for intérieur traverse une forêt ou une autoroute. Nous sommes dans un rêve lucide. Nous pourrions discuter avec nos camarades mais finalement nous avons une nouvelle exigence : le silence.

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Valerio Sirna, DOM

La cérémonie et le rite semblent ici au centre du processus de création. Le spectateur et son corps deviennent porteurs de l’histoire. Nous sommes marqués dans notre chair par ce travail lumineux que nous avons eu l’extraordinaire chance de voir (voir n’est pas le bon verbe).

PROGETTO DEMONI FRAMMENTI / Alessandra Crocco et Alessandro Miele

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Progetto Demoni Frammento #1

Je monte vite pour arriver à la Rocca. Il faut être très ponctuel pour ne pas retarder la pièce. C’est une pièce de 10 minutes pour un spectateur à la fois. Pendant deux soir de suite je me retrouve amenée dans des couloirs obscurs pour rencontrer des personnages des Démons de Dostoïevski.

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Progetto Demoni Frammento #2

Quel bonheur de pouvoir côtoyer ses âmes russes et puissantes et de pouvoir se projeter de façon si violente dans cet univers. Une femme abandonnée croit de voir en moi, spectateur, son grand amour du passé. Ou encore une femme déçue abandonne son amant.

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Alessandro Miele

Grâce à ce travail précieux nous rencontrons des archétypes de la nature humaine. La distanciation nous entraine dans des états extrêmes sans peur.
https://www.youtube.com/watch?v=wd7WzoeAFDE

HIGHER / Michele Rizzo

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Higher

Nous sommes dans une salle, loin de la ville, dans un centre commercial à moitié vide. Des lumières commencent à s’allumer et à s’éteindre. Le temps se dilate dans ces sanglots de lumière. Trois danseurs arrivent lentement sur le plateau. Chacun est enfermé dans son univers. Chacun est là pour soi et pour la musique. Mais dans cet enfermement chaque danseur est lié aux autres, comme la partie d’un seul mécanisme.

higher3034L’atmosphère est celle du clubbing et la dance est conçue « comme une forme de prière et de célébration de l’existence ». L’individu devient un corps qui bouge, un objet vibrant, une onde ou une vibration mécanique d’un fluide commun. La vibration de la musique s’y propage, dans les corps, avec une oscillation un peu différente, résultant de l’attitude singulière de chaque danseur.

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Markus Ohrn
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Ronin et gruppo nanou, Strettamente confidenziale + Ronin
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Eva Neklyaeva, la nouvelle directrice du festival pour 2017-2019

Pour plus d’infos sur le festival de Santarcangelo ici.

Une chronique de Camilla Pizzichillo

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