Chroniques des Rencontres internationales des jeunes créateurs et critiques d’art et de la scène du FTA

Cristina Catalano, l’une des vingt-deux participants, raconte son expérience à Culture Dessinée.

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Depuis l’année dernière je souhaite participer aux Rencontres de l’FTA. Je me dis aujourd’hui que mes attentes ont été largement dépassées par ce que je viens de vivre : ce que les rencontres m’ont apportées est un précieux cadeau.

 

J’ai rejoint un groupe hétérogène, composé de 22 personnes d’âges différents, aux origines et aux pratiques diverses. Je craignais que certains egos puissent prendre toute la place en empêchant le lien entre nous et la libre expression. Cela ne s’est jamais produit : j’étais entouré par des personnes bienveillantes et soucieuses des autres. Le cadre était donc optimal pour permettre la réflexion, l’échange et l’expression. Et pour me donner la possibilité de mûrir et grandir.

 

Aujourd’hui je ne suis plus la même personne que celle qui a rejoint ce groupe le 29 mai 2016. D’abord parce que j’ai pu me confronter à des artistes, dans le quotidien et dans une proximité qui m’a permis une véritable mise en question de moi-même. J’ai beaucoup appris en me rapprochant de mes camarades artistes et créateurs : eux qui se posent constamment la question de leur pratique, du « comment s’exprimer », comment s’adresser au public, le tout dans le contexte propre au monde artistique fait de contacts à entretenir, de précarité, de mise en question personnelle, de jugement et ainsi de suite… Et moi, qui ai toujours eu peur de m’exprimer, j’étais face à tant de courage : cela a changé quelque chose en moi. Peut-être leur présence m’a-t-elle rapproché davantage de l’art, et m’a donné l’occasion d’adopter un nouveau regard sur la création pour mes prochaines critiques.

De plus, chacun de nous est arrivé avec son propre bagage de connaissances artistiques. Tout cela a été partagé, me permettant d’élargir mes connaissances : j’ai pu connaître des nouveaux metteurs en scènes, créations, musiques, livres, festivals… Ces rencontres ont été un condensé de savoir et suggestions culturelles qui me nourrissent encore et encore.

J’ai été particulièrement touchée par l’intervention d’une camarade cubaine, Yohayna Hernandez Gonzales, qui nous a éclairé sur la scène artistique culturelle cubaine (encore trop au service de l’état, et, d’une certaine manière, de sa propagande). Yohayna nous a parlé du Laboratoria Ibsen, un lieu qui diffuse et soutient la création contemporaine plus avant-gardiste par rapport aux propositions officielles. En parallèle de sa programmation, le Laboratoria Ibsen s’engage dans un travail d’éducation et de sensibilisation du public. C’était une vraie occasion pour moi, venant d’Europe, de connaître cette réalité cubaine.

Ensuite, j’ai vécu une vrai mise en question sur ma pratique de critique et de journaliste : comment écrire sur le théâtre et sur la danse ? A qui je m’adresse quand j’écris et comment le faire? Et surtout je me suis demandé pourquoi écrire sur le spectacle vivant.

Je me suis rendue compte que parfois j’avais une attitude plutôt « political correct ». J’ai souvent eu un regard presque sacré sur la création qui m’empêchait d’écrire en poussant plus en profondeur l’analyse de l’oeuvre. La critique peut être constructive et aider le public à s’approcher de l’œuvre. Aujourd’hui je sais que je veillerai à ne pas tomber dans le simple commentaire des pièces que je regarde. Oser s’exprimer, se poser des questions et avoir des doutes sont, après ces rencontres, une base que je ne négligerai pas. Et ce changement vient des échanges que j’ai pu avoir avec certains camarades, qui m’ont éclairée sur ma propre approche de l’œuvre d’art. Venant des arts plastiques, j’avais plutôt la tendance à vouloir mettre en relief les aspects de l’œuvre aux yeux du lecteur. Je voulais surtout faire ressortir, parfois avec une écriture poétique, ce que je venais de voir (mais que peut-être les autres avaient déjà remarqué !) Comment aller au-delà d’un simple regard qui souligne et met en parole ce que l’on voit ? La critique est aussi la création d’un savoir, une valeur ajoutée à ce que l’ont vient de vivre en tant que spectateur.

 

Nous avons eu la possibilité d’assister presque chaque soir à l’une des pièces de la programmation du FTA. Au-delà de mon goût personnel et de ce que j’ai pu apprécier ou moins, cet aspect des rencontres a été pour moi l’un de plus important. D’abord parce que mon souhait était aussi d’embrasser un peu la culture et le monde québécois. J’ai pu connaître un peu ce pays grâce à la programmation du FTA, les réactions du public montréalais face aux spectacles (par exemple le public debout à fin de la pièce – si peu récurrent en France !), la confrontation avec mes camarades canadiens et l’équipe du FTA. Je parlerai notamment du directeur Martin Faucher avec qui j’ai eu des échanges très humains, ce qui diffère énormément de ce que nous pouvons vivre ici en France avec des programmateurs ou des directeurs de la scène artistique contemporaine. J’ai notamment apprécié, au début des rencontres, son discours sur la société québécoise. Martin Faucher nous a introduit à la culture québécoise, à ses réalités, caractérisées, par exemple, par une grande pudeur et une difficulté à s’exprimer de manière critique. Il nous a parlé de l’embarras du québécois qui ne se considère pas à l’hauteur, d’un sentiment assez profond qui mène les québécois à vouloir s’excuser très souvent. Ce discours était pour moi très précieux. J’ai pu comprendre ces paroles par exemple lors du spectacle de Louise Lacavalier, Mille Batailles : le public était surtout là pour la célébrer, pour lui rendre hommage. Comme à vouloir remercier cette artiste de l’apport essentiel qu’elle a donné à la scène artistique québécoise. Il y avait en cela un grand respect, j’aurais aimé voir cette attitude en France parfois!

Ces rencontres ont ainsi été précieuses sur le plan de la découverte de Montréal, et peut-être du Québec. Il me reste sans doute beaucoup à apprendre, et en même temps, aujourd’hui je connais Montréal mieux que si j’y avais voyagé en tant que touriste. La pièce J’aime Hydro est emblématique de cette joyeuse rencontre avec le monde québécois. Ce spectacle questionne la relation des québécois avec Hydro-Québec. A travers la forme du théâtre documentaire, avec des vraies moments d’hilarité et une grande humanité dégagée par la comédienne Christine Beaulieu, j’ai pu me confronter à des questions vives et contemporaines de l’actualité québécoise.

 

La programmation des Rencontres a été riche aussi grâce aux rendez-vous avec les artistes et les professionnels de la scène artistique québécoise. Suite au spectacle Mercurial George vu au Théâtre La Chapelle, nous avons eu l’opportunité de converser avec Dana Michel. Rencontrer cette artiste formidable qui a changé ma vision de la danse contemporaine a été l’occasion de me confronter à un monde de la danse fait d’objets, de performances, de questionnements identitaires. Cette sublime artiste met en scène la fragilité et la laideur, elle se montre monstre sur le plateau, pour exorciser avec le public tout ce que l’on n’ose pas regarder du monde (les sans-abris, la pauvreté, le décalage d’opportunité entre noir et blanc …).

Je suis convaincue que la rencontre avec les artistes nous rapproche de l’art : nous les voyons proches de nous, ancrés dans la réalité du monde, désireux de communiquer et s’exprimer avec nous, le public. Craintifs, rêveurs, idéalistes, enragés, lors de ces rencontres, les artistes se montrent humains : tout cela nous rappelle leur rôle essentiel au sein de notre société.

Je me rends compte que je pourrais écrire des pages et des pages en énumérant tout ce que j’ai assimilé et découvert à travers ces rencontres. Je préfère terminer en ajoutant que j’ai aussi trouvé des amis, des personnes merveilleuses qui m’ont ouvert l’esprit, le cœur.

 

Cristina Catalano

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