The Valley of Astonishment / Peter Brook et Marie-Hélène Estienne

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Un dessin de Heck

 

A mon sens, c’est à cela que sert le théâtre. Il nous permet d’entrer dans quelque chose qui vous transcende. Chaque histoire doit pouvoir voyager en nous et nous ouvrir.

Marie-Hélène Estienne

 

Peter Brook dit que le public va au théâtre pour être émerveillé, étonné, surpris. The Valley of Astonishment, qui s’inspire du poème persan La Conférence des Oiseaux de Farid Al-Din Attar, est la concrétisation de cette affirmation. Dans le cadre pittoresque du théâtre des Bouffes du Nord, qui semble toujours correspondre aussi bien aux textes et aux mises en scène de Peter Brook, nous vivons une expérience touchante : le metteur en scène a su transformer la poésie et donner vie à une forme plastique faite d’images, de sons et de gestes. Comme les personnages sur scène, nous sommes embarqués dans un tourbillon d’émotions et de sensations. C’est synesthétique !

Peter Brook touche nos sens et sait nous parler à travers le côté humain et vrai de ses personnages. Il les choisit toujours aussi caractérisés ses acteurs, comme la merveilleuse comédienne Kathryn Hunter, avec sa voix roque et intense, qui semble nous faire voyager dans le temps et s’accorder parfaitement à l’architecture du théâtre : intemporelle, charmante et décadente à la fois. Ces acteurs sont aussi touchants dans leur humanité corporelle, dans leurs imperfections tellement humaines. Encore une fois, la force du théâtre de Peter Brook nous séduit, par sa capacité de créer une relation avec le public, et une empathie qui se dégage partout. 

The Valley of Astonishment se construit comme une suite d’histoires. Trois acteurs sur scène, Marcello Magni, Jared McNeill et Kathryn Hunter, trois magnifiques corps tous aussi divers les uns que les autres, trois voix, trois accents et milles personnages qui prennent vie grâce à leur talent. Assister à une pièce de Peter Brook est une expérience corporelle et mentale, et cette fois, le metteur en scène revient avec encore plus de grâce, de douceur et de finesse. Cette pièce semble être plus intime que les autres, comme des mots chuchotés à nos oreilles, comme les couleurs aux tons pastels d’un arc un ciel timide.

 Ce n’est pas la première fois que Peter Brook explore et met en scène des individus atteints de troubles neurologiques. L’homme qui et Je suis un phénomène, interrogeaient déjà les mystères du cerveau humain et de la mémoire d’un point de vu neurologique. Avec The Valley of Astonishment, Peter Brook approfondit son exploration en abordant le thème de la synesthésie, et nous conduit dans un voyage sensoriel. Sur scène, nous vivons l’intensité : nous écoutons les incroyables récits des personnages qui nous délivrent leur quotidien fait de couleurs, de gouts, de sons, d’images… tout se mélange, chaque sens appelle l’autre. Puis, nous participons à cette intensité, alors que le plateau se colore de lumières, de sons et de musique. Tout devient émouvant, nous sentons la fragilité de cette intensité sensorielle, la nôtre et celle des acteurs sur scène. Cette pièce transmet toute la sublime vulnérabilité de l’être humain.  A travers ses sens, l’homme est connecté, il devient un phénomène, comme on le définie sur scène. Un don qui l’amène du paradis à l’enfer, qui l’isole et l’épuise : quelle émotion de voir sur le plateau la nature humaine dans ses facettes les plus poétiques et fragiles. The Valley of Astonishment, la Vallée de l’Étonnement, est un voyage vers le côté merveilleux de l’individu, un chemin vers la stupéfaction, où « nos pieds avancent solidement sur terre, mais à chaque pas, nous pénétrons dans l’inconnu. ».

Quelle place aujourd’hui pour l’étonnement ? Sommes-nous encore capables de nous émerveiller pour quelque chose de singulier, d’extraordinaire, d’inattendu ? Peter Brook et Marie-Hélène Estienne nous invitent à redécouvrir cette sensation humaine qui semble parfois avoir été oubliée. S’étonner pour continuer à croire, pour continuer à lutter, pour poursuivre le beau et la poésie de notre monde. The Valley of Astonishment est un appel à notre humanité, pour la réveiller et nous encourager à ressentir à nouveau. Parfois assoupis, parfois blasés par le monde qui nous entoure, fatigués de la politique, des bla bla qui polluent notre quotidien, il ne nous reste qu’à revenir à nos sens, pour se reconnecter à nous et aux autres. Nous avons alors l’impression d’entendre un grand « réveillez-vous ! ».

Les lumières s’éteignent, les applaudissements commencent, et nous restons suspendus. The Valley of Astonishment nous touche tellement profondément que pendant un moment notre attention se déplace de notre cerveau à notre ventre, à notre cœur. Nous avons l’impression que seuls nos sens, seules nos émotions sont capable d’exprimer ce que cette pièce nous a fait vivre.

Cristina Catalano

 

The Valley of Astonishment, texte et mise en scène Peter Brook et Marie-Hélène Estienne

Théâtre de Bouffes du Nord du 24 novembre au 23 décembre 2016

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