Poissons pour tous #1

Poisson 3 camille ortie.jpg
Un dessin de Camille Ortie

« Quelle ne fut pas ma surprise, lorsque, attiré par une sorte de bruit machinal et monotone qui semblait s’exhaler de la devanture du marchand de cannes, je m’aperçus que celle-ci baignait dans une lumière verdâtre, en quelque manière sous-marine, dont la source restait invisible. Cela tenait de la phosphorescence des poissons, comme il m’a été donné de la constater, quand j’étais encore enfant sur la jetée de Port-Bail, dans le Cotentin, mais cependant je devais m’avouer que bien que des cannes après tout puissent avoir les propriétés éclairantes des habitants de la mer, il ne semblait pas qu’une explication physique pût rendre compte de cette clarté surnaturelle et surtout du bruit qui emplissait sourdement la voûte. Je reconnus ce dernier : c’était cette voix de coquillages qui n’a pas cessé de faire l’étonnement des poètes et des étoiles de cinéma. Toute la mer dans le passage de l’Opéra. Les cannes se balançaient doucement comme des varechs. »

Louis Aragon, Le Paysan de Paris, Paris, Éd. de la Nouvelle Revue française, 1926.

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