Brouillée

Printemps Poète AFRIque(s) 3 cam(1).png

Le brouillard était tombé sur le boulevard. Comme des volutes de fumées semblant sortir de la Terre, ce brouillard rendait l’air humide et surtout froid. Son corps tout entier se refroidissait au contact de la brume. Elle l’entourait et semblait comme l’envelopper d’un manteau matinal invisible et glacial. Le soleil semblait briller si loin dans le ciel qu’il était difficile d’imaginer que ses rayons soient capable de réchauffer quoique cela soit. Et cette funeste brume empêchait la jeune femme de voir même ses propres pas sur le trottoir surpeuplé.

« – Rester humaine »

Voilà l’idée qui occupait toutes ses pensées aussi brumeuses que l’air ambiant.

« – Ne pas changer. » « Rester humaine. »

Comme une ritournelle entêtante, elle répétait ces phrases invariablement, tout en respirant la froideur du temps.

« – Faire attention. » « Ne pas changer. » « Rester humaine. »

« – Hocher la tête. » « Faire attention. » « Ne pas changer. » « Rester humaine. »

Le temps refusait de se dissoudre alors que ses pensées faisaient désordre.

« – Cligner des yeux » « Hocher la tête. » « Faire attention. » « Ne pas changer. » « Rester humaine. »

« – Ne pas cesser de marcher » « Cligner des yeux » « Hocher la tête. » « Faire attention. » « Ne pas changer. » « Rester humaine. »

« – Eviter tout contact » « Ne pas cesser de marcher » « Cligner des yeux » « Hocher la tête. » « Faire attention. » « Ne pas changer. » « Rester humaine. »

«  – Ne pas sourciller » « Eviter tout contact » « Ne pas cesser de marcher » « Cligner des yeux » « Hocher la tête. » « Faire attention. » « Ne pas changer. » « Rester humaine. »

Plus elle répétait ces ordres, plus la mécanisation s’emparait peu à peu d’elle. Sans même qu’elle s’en rende compte elle cessa de sourire, ou de penser. Elle cessait d’exister purement et simplement. Tous ces sentiments qui la composaient la quittait à chaque phrasé de plus saccadée, tous ses souvenirs disparaissaient. Elle en oublia jusqu’à son nom, son prénom, son âge et tout ce qui pouvait la représenter d’une manière ou d’une autre.

…Et enfin, elle fût prête à devenir cette chose inhumaine se fondant totalement dans le brouillard de la Cité.

La Rousse

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s