Le Saharien

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Un dessin de Raoulette

00-12-1954. J’ai commis l’imprudence, peu avant le travail au sol, de survoler le terrain : je n’aurais pas dû, j’en ai trop vu, j’en ai trop vu à la fois. Par terre, pardon, par sable, c’est plus miséricordieux : on n’en voit jamais qu’un petit bout simultanément et on peu arriver à s’imaginer que “c’est bientôt fini”, mais de 1000 mètres d’altitude, le subterfuge devient impossible, et force est de se rendre à l’évidence : il y en a de cette saloperie de sable, d’un bout à l’autre, c’est pratiquement sans limites à l’échelle humaine : on est entré, car elle existe, bien que peu soupçonnée des citadins et des hyperboréens, dans la partie sableuse de la planète. 

19-12-1954. Ce matin à l’aube nous avons partagé l’eau : la petite équipe d’accompagnement (2 goumiers) est repartie pour l’Adrar, tandis que la tête de la fusée poursuit sa trajectoire ; 3 hommes, 5 chameaux, 2 tonnelets (30 litres), 6 bonnes guerbas (120 litres) et 2 médiocres (30 litres)… Il n’y a plus désormais qu’à foncer, tout droit, vers le puits qui se cache là-bas à une quinzaine de jours de marche, par-delà plus de 600 kilomètres de sable.

26-12-1954. Vent de sable et fatigue : ça devient monotone, je le sais, mais on n’y peut rien, c’est comme ça ; le temps semble se ralentir au fur et à mesure qu’on approche du but… J’ai toujours aussi soif et me mets à boire la nuit, une fois la lampe à carbure éteinte, les quelques centimètres cubes d’eau croupie qu’elle peut encore contenir…

28-12-1954. Plus de 10 heures de route dans les pieds et dans le derrière. Vent, soleil et fatigue. Pas une gorgée de liquide entre 6 heures du matin et 6 heures du soir… Effroyable pays, même pour les bédouins, d’ailleurs stupéfaits de se découvrir en train de traverser une terra incognita, haut fait dont ils parleront longtemps sous la tente.

1er janvier 1955. Grande mauvaise journée : plus de 10 heures de route et toujours pas d’Araouane ! Alors, après la dérive des continents, celle des postes militaires ? Nous marchons toujours, la chaleur s’en mêle : il serait grand temps d’aboutir. Que je n’aime pas cette odeur de chameau échauffé !

Théodore Monod

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