Brève d’été à Paris

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Il est presque minuit. Ça y’est ils ont réouvert la station du métro de Château Rouge. Tout le monde est prêt. Cela s’affaire autour de la nouvelle entrée, même le gros ‘M’ est déjà éclairé.

Ils peinturlurent la route de sa nouvelle signalisation. L’odeur de la peinture blanche me prend au nez ; moi et tout ceux du bus 56 : des oiseaux de nuit comme la plupart de ce quartier. Entre les prostituées, les épiciers de nuit, les drogués, c’est le quartier où personne ne dort jamais. Il y a trop à faire pour dormir sérieusement.

A Marcadet c’est encore une autre histoire, cela entre et sort de partout : y’a ceux qui rentrent chez eux et ceux qui en sortent. Le carrefour est plein de bruits et d’odeurs comme un soir de Fête de la musique : maïs chaud, essence, sonnette de Vélib’, alcools divers et variés, voitures, macadam brûlant, il y en a pour tous les goûts ici.

Je suis bourrée. Pas assez pour que tout tourne autour de moi mais assez pour que chaque chose que je regarde et que je touche soit plus belle encore qu’hier au soir. Le bus 56, traverse le boulevard Ornano, il file comme un bateau dans le vent, sauf qu’ici c’est plutôt une marée humaine avec des algues toxiques prêtes à échouées sur les trottoirs.

L’arrêt Simplon : y’a beaucoup de blancs qui descendent et pourtant moins que d’habitude, c’est l’effet « été ». Juillet/Août, c’est un peu comme si Paris nous montrait sa nouvelle collection de mode, une différente de d’habitude, une éphémère, juste pour la haute saison : la couleur dominante c’est le black avec parfois des petites touches de blanc cassé, habilement immiscées par tous les vieux trop pauvre pour quitter la capitale. Un vrai tableau de pauvreté contemporaine, on verra si dans quelques années les spécialistes d’Histoire de l’Art en vanteront la beauté.

Un Vélib’ dépasse le bus, c’est pas assez inhabituel pour que cela me choque mais cela me fait toujours rire de voir des types bourrés tenter de filer droit avec leur engin. L’été est brûlant, le seul moyen de pas finir comme une flaque c’est de faire comme moi et poser son cul dans un bus à moitié climatisé, alors d’un certain côté je respecte ceux qui se donnent la peine de peiner même si ils sont probablement trop ivre pour marcher.

C’est mon arrêt : mon voyage est terminé, mes rêveries estivales aussi. Je me fraye un passage parmi les gens pour descendre du bus, un vent chaud m’enserre, je rentre dans l’impasse et m’enfonce dans les profondeurs d’une nuit superficielle, parce qu’à Paris jamais rien n’est éteint ou endormi.

La Rousse

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